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Je reprends cette fois-ci un article de notre bulletin de la Société d'Horticulture de la Sarthe, pour lequel j'avais fait quelques recherches sur les Primevères horticoles et leurs origines
sauvages.
Dans nos régions de plaine, il existe trois espèces de primevères de la section "Vernales"
On ne présente plus le Coucou (Primula veris) ni la Primevère acaule (Primula vulgaris) mais on peut évoquer un peu plus précisément la troisième : la Primevère élevée (Primula elatior) plus rare.
C’est une espèce forestière ou de lisière portant sur une tige unique un petit bouquet de fleurs jaune-pale penchant gracieusement d’un coté. Les corolles ni en clochettes, ni étalées en font une
sorte de moyen terme entre les deux autres.
Les hybrides naturels de ces 3 espèces sont donc logiquement au nombre de 3 et officiellement nommés:
- Primula x digenea ( Croisement de
P.vulgaris par P.elatior )
- Primula x media ( Croisement de P.elatior par P.veris )
- Primula x polyantha ( Croisement de P.vulgaris par P.veris )
En fait, ce dernier serait le plus fréquent en Sarthe, peut-être le seul, les territoires des trois espèces se recouvrant peu. Les parents sont en présence surtout dans l’Ouest du département car la primevère acaule se localise sur le massif armoricain, et le coucou est plus fréquent dans le Centre et l’Est de la Sarthe. Cet hybride présente un aspect très variable et ressemble parfois beaucoup à la primevère élevée (Primula elatior). Je l’ai photographié en 1991 en Charnie au bord du Palais au cours d’une sortie botanique. On nous fit remarquer sa robustesse, ses clochettes plus larges et plus pales que sur le Coucou.
En 1905, notre célèbre botaniste régional, Ambroise Gentil a écrit un article intitulé :
« Observations à propos de Primevères hybrides » ou il cite uniquement cet hybride sous son ancien nom : Primula x variabilis entre Parigné l’évêque et Ruaudin. Il y démontre l’importance du vent supérieure à celle des
insectes pour que surviennent ces hybrides, et leur variation d’aspect est, pour lui, due à l’influence plus grande du pied mère : le porte-graine sur lequel est venu se déposer le pollen
(qui vient du père) amené par le vent. Deux morphologies bien distinctes en découlent selon que le pied mère est le coucou ou la primevère acaule.
Nous voyons là l’origine de toute la section des Polyantha : depuis des siècles cet hybride fertile et
naturellement très polymorphe a fourni des échantillons remarquables qui croisés entre eux et en faisant aussi intervenir des variantes locales ont fini par produire une grande variété de couleur
(bleu mauve, rouge vif, jaune orangé), et des fleurs plus grandes en bouquets dressés sur des tiges robustes.
Les Anglais, les Hollandais semblent avoir été très actifs dès le 17ème siècle, j’ai trouvé mention d’hybrides blanches, pourpres, bleutées et de blanches doubles au Jardin botanique
d’Oxford en 1648 , les primevères doubles sont plus anciennes encore mais jaunes ou blanches seulement .
L'aquarelle que voici d'une primevère horticole du Jardin des Plantes du Mans, n'est pas sans évoquer la Primula elatior .
Sur cette espèce les recherches et sélections remonteraient au Moyen-age. Plus tard, les vraies hybridations ont visé à obtenir des tiges
solides, un bouquet terminal fourni de fleurs plus grandes, des couleurs chatoyantes.
Parfois un cœur contrasté et même un liseré clair leur donne une allure précieuse : ce sont les menues « Gold-laced-hybride » ou Primevère à galon d’or qu’il ne faut pas
confondre avec les Auricules.
Les Anglais, très amateurs de primevères ont, depuis le 17ème siècle, cherché à stabiliser toutes sortes de formes originales voire insolites : par exemple, dans la « Jack in
the green » le calice s’est changé en une collerette de feuilles vertes.
Ici, au Jardin des Plantes, est surtout utilisé un cultivar baptisé « Crescendo » classé plutôt
dans les hybrides de P.elatior mais parfois avec les Polyantha. Ses atouts, une bonne rusticité (il
résiste bien l’hiver) et la hauteur de sa tige solide (30cm), ont présidé à ce choix. Il ne semble pas répandu dans les jardineries qui lui préfèrent un groupe général du nom de P.Vulgaris « Grandiflora », proposant une infinité de coloris.
Et pour le plaisir, un petit tour sur Internet : http://www.barnhavenprimroses.com/
Hasté :
L'inverse serait : Corolle dialypétale, actinomorphe, nous allons voir ça aussi !
Pas de panique ! C'est tout simple.
Chacun sait que la corolle d'une fleur est l'ensemble de ses pétales.
Quand ces pétales sont libres entre eux, la corolle est dite dialypétale; si au contraire, ils sont soudés, nous avons affaire à une corolle gamopétale dont le plus simple
exemple est sans doute le Liseron.
On obtient une forme en entonnoir (pétunia, et autres
fleurs de la famille des tomates, courges), mais aussi bien un grelot comme chez les bruyères.
Parfois, les pétales ne sont que partiellement soudés (à la base), ici les campanules sont un exemple.
Attention ! certains "entonnoirs" comme l'Arum sont des spathes !
Un peu plus compliquée, la notion de corolle actinomorphe ou zygomorphe car elle s'attache à la forme de symétrie qui commande sa morphologie.
Quand la symétrie est radiale, c'est à dire rayonnante autour du coeur de la fleur,il s'agit d'une corolle actinomorphe, dite aussi régulière, peu importe que les pétales soient
libres ou soudés ! Par exemple, notre liseron présente une corolle actinomorphe et gamopétale.
Si la symétrie est bilatérale, qu'on peut détecter un axe vertical quand on observe la fleur de face, il s'agit d'une corolle zygomorphe.
En voici une : l'Ajonc
d'Europe.
Toutes les Fabacées (ou Papillionacées) comme les pois, trèfles, genêts; toutes les plantes de la famille des Scrofulariacées comme la digitale, les gueules de loup ainsi que les
Labiées ( thym, menthe) et les Orchidées sont dotées de corolles zygomorphes.
Si on y regarde de plus près il s'agit d'un plan de symétrie qui joue sur toute la profondeur de la fleur. Pour s'en convaincre, on peut observer ces fleurs de profil, elles sont souvent dotées
d'un éperon qui est un pétale modifié situé à l'arrière et dans l'axe.
Les pétales des fleurs zygomorphes étant bien différenciés, ils portent des noms: l'étendard, les ailes chez l'Ajonc, le labelle chez les Orchidées.
Sur un capitule de marguerite cohabitent des fleurons réguliers sur le coeur et des ligules( petites fleurs zygomorphes) sur la couronne.
Certaines corolles sont si tarabiscotées qu'on ne sait plus comment les classer, par exemple les Ancolies !
Pour se reposer et pour finir la fleur toute simple, actinomorphe et dialypétale, qui me sert d'avatar: c'est le Géranium sanguin.
Allez voir mes autres articles dans mots de Bota:
Androcée, Anthère, Aile, Ailé, Akène ou Achaine, Accrescent,
Acuminé, Acaule, Baies ou
Faux-fruits, Bractée, Involucre et
Spathe, Bulbes
ou Cormes
Une bractée ressemble à une
feuille, et plus à une feuille caulinaire (feuille sur la tige), qu'à une feuille radicale (feuille de la base), même si sa forme varie, elle n'a pas de pédoncule.
La question est donc : à quel moment une feuille rudimentaire devient-elle une bractée ? Une réponse valable pourrait être : elles ne peuvent
porter ce nom qu'au sein de l'inflorescence.
Une bractée se situe toujours à l'aisselle d'une des ramifications de l'inflorescence. Il n'y a pas de Bractées visibles sur mon illustration deTussilage.
Dans nos jardins, on trouve des arbustes dotés de belles bractées : ce sont notamment les Hortensias dont on pourrait dire que les têtes florales sont en fait surtout des corymbes de
bractées colorées, tant les fleurs elles-mêmes sont minuscules ; citons aussi les quatre faux pétales blancs de la fleur de Cornouiller (Cornus), le cas particulier de l'Arbre aux pochettes
(Davidia involucrata), avec sa grande bractée en forme de mouchoir blanc, et plus connues de tous, les bractées membraneuses finement nervurées des Tilleuls.
Quand les bractées se resserrent ou
s'organisent en un verticille ( plusieurs sont insérées au même niveau), on parle d'un Involucre, beaucoup d'Ombellifères comme par exemple la Carotte portent sous chacune de
leurs ombelles, des involucres de bractées, on peut retrouver le même dispositif chez les Euphorbes.
Cela est vrai aussi pour toutes les Anémones qui ne portent pas de feuilles caulinaires mais, plus ou moins espacé de la fleur, un involucre de trois bractées laciniées
formant une collerette.On le voit bien distinctement ici.
Avec l'inflorescence très contractée des Composées : le capitule, on découvre au dos du plateau sur lequel sont disposés les fleurons, un agencement de petites
bractées imbriquées en forme d'écailles. Ainsi, dans l'Artichaut, on mange les bractées ! Pour d'autres composées comme le genre complexe des Centaurées, on
peut identifier l'espèce en observant les bractées de l'involucre, certaines sont très poilues, en peigne recourbé, d'autres très épineuses comme la centaurée chausse-trappe.
Avec cette Reine-marguerite, on peut observer que le cultivar a cherché à redonner de l'ampleur aux bractées pour former une collerette plus visible autour de la
corolle.
Deux bractées plus ou moins scarieuses enveloppent étroitement le bouton d'Iris ; ce ne sont pas des pièces du calice puisque les
Liliacées et Amaryllidacées ont six tépales : trois sépales pétaloïdes plus trois vrais pétales.
Parlons aussi d'une bractée spéciale : la Spathe. Au sens le plus pur, elle serait réservée aux Aracées (Arum, Spathiphyllum, Anthurium, mais
aussi Philodendron).
La spathe enveloppe alors une inflorescence typique très agglomérée : le spadice ; mais le nom de spathe est couramment utilisé pour les bractées enveloppantes du Narcisse, de l'Ail, de
l'Agapanthe et de beaucoup d'autres Monocotylédones de ce type. Ces spathes deviennent souvent hyalines en séchant, prennent une allure de papier de soie et tombent assez
vite.
Allez voir mes autres articles dans mots de Bota:
Baies ou Faux-fruits,
Androcée,
Anthère, Aile, Ailé, Akène ou Achaine, Accrescent,
Acuminé, Acaule